Biodiversité

Adaptation : biodiversité et sociétés humaines dans le même bain.


Accédez à des informations en fonction de votre profil :

Élu Technicien de collectivité Acteur économique Bureau d'études Particulier

Par les modifications qu’il crée en matières de températures, de précipitations, de fréquences et d’intensité d’évènements extrêmes, le changement climatique impacte également toutes les composantes du monde vivant qui nous entoure, que ce soit à l’échelle des espèces ou à l’échelle plus large des écosystèmes. Or nos sociétés humaines dépendent de la capacité de la biodiversité à s’adapter.

Un équilibre écologique fragile

Les communautés vivantes sont en interaction forte avec le climat et son évolution. De nombreux mécanismes écologiques permettent de maintenir un équilibre entre les espèces animales et végétales et leur environnement : ce sont les espèces les plus adaptées aux conditions climatiques d’un territoire qui s’y installent durablement. Le changement climatique provoque donc un déséquilibre : changement des conditions écologiques, qui peuvent devenir défavorables pour certaines espèces, perturbations des relations prédateurs/proies… Si la rapidité du changement climatique dépasse celle des mécanismes d’adaptation des espèces, il menace donc leur survie.

ortue marine © Ronan Taburet - Cerema
Tortue marine © Ronan Taburet - Cerema

 

Les sociétés humaines perturbées

De nombreux aspects du fonctionnement des sociétés humaines dépendant de la nature vont alors être perturbés : la production de nourriture ou de matériaux, la régulation des maladies et parasites, les activités socioculturelles liées à la nature et aux paysages comme le tourisme…

Cultures inondées © Laurent Mignaux - Terra
Cultures inondées © Laurent Mignaux - Terra

 

Mieux connaître les services écosystémiques

L’étude et la prise en compte de ces « services écosystémiques » peuvent contribuer à la réduction des effets du changement climatique, ou permettre de s’y adapter. Ainsi, les océans, les forêts ou les prairies contribuent très fortement à fixer le carbone atmosphérique. La plasticité du vivant peut apporter des solutions pour adapter l’agriculture ou la forêt aux changements globaux, ou encore adapter nos villes aux conditions nouvelles.

Aider la nature à s’adapter

Pour pouvoir continuer à bénéficier de ces « services » il faut donc mettre en œuvre des actions ayant pour objectif de conserver ou de restaurer la capacité de la nature à s'adapter (ou résilience) en diminuant les pressions humaines sur les espèces et les milieux là où cela s’avère nécessaire, et en favorisant localement la diversité et les continuités écologiques.

Une sensibilité particulière en Outre-Mer

Les territoires outre-mer sont très sensibles au changement climatique : parce qu’ils sont pour la plupart insulaires et de dimension modeste, ils possèdent une capacité d’amortissement des pressions inférieure à celle des espaces continentaux. Leur haut niveau d’endémisme leur confère également une fragilité car la disparition des populations d’un territoire (extinction locale) signifie la disparition de l’espèce à l’échelle mondiale (extinction globale).

Des risques pour la biodiversité, terrestre, aquatique et marine

La présence de populations d’espèces animales ou végétales sur un territoire est fortement conditionnée par les caractéristiques de ce territoire, dont les paramètres climatiques : précipitations, ensoleillement, températures, vents, etc. Le changement de ces conditions climatiques va donc avoir de nombreuses répercussions.

La température a une influence prépondérante sur la croissance des végétaux (bourgeonnement, floraison, maturation des fruits) ou sur la capacité des espèces animales à se reproduire ou s’alimenter. Une modification des températures moyennes mais aussi minimales et maximales va avoir plusieurs impacts.

Source : « Projet carbofor, tâche D1: modélisation et cartographie l’aire climatique potentielle des grandes essences forestières françaises» Badeau et al. 2004

Accéder au document

Niche climatique du chêne vert, actuelle
Niche climatique du chêne vert, actuelle

 

Niche climatique du chêne vert, à la fin du 21ème siècle
Niche climatique du chêne vert, à la fin du 21ème siècle

 

Des espèces qui se déplacent en fonction du climat

Dans les zones où une espèce est actuellement présente, les conditions climatiques ne lui permettent plus ou pendant une période trop courte de répondre à ses besoins vitaux. Ses populations vont donc diminuer et se déplacer vers d’autres territoires où les conditions climatiques sont plus favorables. Des déplacements des aires de répartition (enveloppe des territoires présentant des conditions favorables à chaque espèce) vers le nord ou en altitude sont ainsi possibles sous l’effet du changement climatique, voire déjà observés.

Des cycles biologiques désynchronisés

Les cycles biologiques annuels sont réglés par des variations saisonnières de paramètres tels que les températures et la longueur du jour. Une modification des cycles biologiques liée au changement climatique peut avoir des répercussions importantes en induisant une « désynchronisation » des cycles entre une proie et son prédateur, une plante et son pollinisateur ou encore une espèce animale et la plante dont il se nourrit. La période de naissance des faons qui était auparavant celle de la reprise de la végétation a très peu évolué depuis trente ans alors que l’arrivée du printemps est de plus en plus précoce. Les naissances ont donc lieu dans des conditions moins favorables, impactant ainsi la survie moyenne des faons.

Des menaces pour les espèces locales, la santé et les activités humaines

Le changement des conditions climatiques va permettre l’implantation d’espèces introduites de façon accidentelle ou volontaire depuis d’autres zones géographiques sur des territoires où les conditions n’étaient auparavant pas adaptées. Ces espèces risquent alors d’avoir des impacts négatifs sur les espèces locales, sur la santé humaine ou pour de nombreuses activités économiques.

Des hivers globalement moins rigoureux ont par exemple favorisé la progression de la chenille processionnaire du pin vers le nord et vers des altitudes plus élevées dans les Alpes, les Pyrénées et le Massif central. La quasi-totalité du territoire métropolitain présente désormais des conditions favorables à un développement larvaire hivernal qui était auparavant difficile au nord de la Loire et en altitude.

Des événements climatiques amplificateurs

Les évènements climatiques extrêmes : tempêtes, précipitations importantes, vagues de chaleur, etc. vont également impacter les espèces végétales et animales. Ils peuvent les affaiblir, les rendre plus vulnérables à d’autres atteintes futures ou entraîner leur destruction.

Les sécheresses ont ainsi pour effet de rendre les peuplements forestiers plus vulnérables à d’autres évènements climatiques extrêmes comme les tempêtes ainsi qu’aux feux de forêts.

Des conséquences pour les sociétés humaines

Les sociétés humaines dépendant de la nature pour bon nombre de ses activités, les perturbations liées au changement climatique seront nombreuses.

Déstabilisation de l’agriculture et de la sylviculture

Les effets du changement climatique sur la végétation vont impacter les activités agricoles et sylvicoles :

  • perte de récolte lors d’évènements climatiques extrêmes (tempêtes, vague de chaleur provoquant des sécheresses agricoles voir des incendies…),
  • perte de rendement ou de qualité (stress hydrique, variétés inadaptées…).

L’augmentation des températures, associée à des conditions hydriques de plus en plus défavorables, va par exemple avoir un impact sur les caractéristiques des vins, voire à l’avenir poser la question de l’adaptation des cépages au territoire.

  • extension de l’aire de répartition des ravageurs et parasites, comme c’est le cas par exemple pour la chenille processionnaire.
  • modifications de la phénologie des espèces agricoles et sylvicoles : on observe par exemple une évolution des dates de pleine floraison et de vendanges dans tous les vignobles français. En moyenne, les vendanges ont ainsi lieu 15 jours plus tôt qu'il y a 40 ans.
Date des vendanges 1901 - 2016 (Crédits : Inter-Rhône - ENITA Bordeaux - INRA Colmar - Comité interprofessionnel du vin de Champagne)
Crédits : Inter-Rhône - ENITA Bordeaux - INRA Colmar - Comité interprofessionnel du vin de Champagne

 

Développement d’agents pathogènes ou allergisants

La problématique d’extension de l’aire de répartition va aussi concerner des vecteurs d’agents pathogènes et d’autres espèces menaçant la santé humaine (tels que la chenille processionnaire).

L’augmentation des températures moyennes va aussi favoriser une durée allongée de production de pollens allergisants (bouleau, ambroisie…) dont l’impact va être renforcé par d’autres impacts du changement climatique (système respiratoire irrité par d’autres polluants atmosphériques comme l’ozone).

 

Modification des paysages

Le bien-être des populations ainsi que des activités comme le tourisme dépendent du maintien de certains paysages (exemples du Val de Loire ou des Lagons de Nouvelle-Calédonie classés au patrimoine mondial de l’Unesco).

Or ces paysages vont être affectés par les évènements climatiques extrêmes (tempêtes, inondations…), l’augmentation des températures (régression des glaciers) ou l’impact sur la végétation (sécheresses, incendies…).

Erosion des berges en amont du courant, suite aux tempêtes de décembre 2013 et janvier 2014 en Aquitaine
Erosion des berges en amont du courant, suite aux tempêtes de décembre 2013 et janvier 2014 en Aquitaine (crédit : brgm)

 

La nature, auxiliaire de l’adaptation au changement climatique

 

Si certains des bénéfices que l’homme retire de la nature vont être remis en cause, le recours aux services que procure la nature ou « services écosystémiques » reste la voie la moins coûteuse et la plus durable pour s’adapter au changement climatique. Cette stratégie s’intègre dans le développement des « solutions fondées sur la nature »* qui permettent également de répondre à d’autres enjeux (par exemple la réduction des pollutions par phytoremédiation).

 

Les milieux naturels aident à lutter contre les risques

Des milieux naturels en bonne santé vont permettre de réduire l’exposition des populations humaines aux risques naturels : les zones humides régulent les inondations et protègent les ressources en eau lors de sécheresses. Les mangroves ou les dunes servent de barrières naturelles contre les vents et l’érosion des côtes.

Valorisation écologique d'une zone d'expansion de crues. (Crédit : UPGE)
Valorisation écologique d'une zone d'expansion de crues. (Crédit : UPGE)

 

La nature en ville protège la santé humaine

Dans le domaine de l’aménagement urbain, la restauration ou la conservation de la « nature en ville », principalement à travers la végétalisation de nombreux espaces, permettent de limiter le ruissellement urbain et contribue au rafraîchissement de l’air.

Les Solutions fondées sur la Nature sont définies par l’UICN comme

les actions visant à protéger, gérer de manière durable et restaurer des écosystèmes naturels ou modifiés pour relever directement les défis de société de manière efficace et adaptative, tout en assurant le bien-être humain et en produisant des bénéfices pour la biodiversité.

Noues plantées participant à la trame écologique locale et limitant les effets d'îlots de chaleur par une végétation dense et une présence de l'eau importante. © Florine Pilatus - Cerema
Noues plantées participant à la trame écologique locale et limitant les effets d'îlots de chaleur par une végétation dense et une présence de l'eau importante. © Florine Pilatus - Cerema

 

Préserver la résilience pour favoriser l’adaptation

La résilience doit être un objectif de l’action pour favoriser l’adaptation de la biodiversité au changement climatique.

La résilience doit être un objectif de l’action pour favoriser l’adaptation de la biodiversité au changement climatique

Il est dans notre intérêt de favoriser la survie des espèces et la « bonne santé » des écosystèmes en préservant leur résilience, c’est-à-dire leur capacité naturelle à retrouver un équilibre suite à des perturbations, en s’y adaptant. Y contribuent, par exemple, des mécanismes tels que l’évolution génétique et la capacité à migrer.

Les actions en faveur de l’adaptation de la biodiversité au changement climatique doivent donc viser à :

  • préserver ou restaurer les espaces naturels et les continuités écologiques
  • conserver la diversité génétique, des espèces et des écosystèmes
  • limiter les autres facteurs de vulnérabilité : perte et dégradation des habitats, invasions biologiques, surexploitation des espèces et pollution des milieux acquérir une meilleure connaissance de la biodiversité pour limiter nos impacts.
Verger communal de collection à Corbeilles-en-Gâtinais (45). Crédit : CAUE du Loiret
Verger communal de collection à Corbeilles-en-Gâtinais (45). Crédit : CAUE du Loiret

 

Une sensibilité particulière en Outre-Mer

Parmi les écosystèmes les plus menacés, il faut citer les forêts tropicales : leur distribution et leur composition spécifique sont affectés, et les épisodes de sécheresse prolongés augmentent leur vulnérabilité aux incendies. Les espèces caractéristiques de ces forêts, extrêmement adaptées à leur milieu, ne peuvent s’acclimater à des variations même très légères des conditions climatiques. Les récifs coralliens sont également sensibles à la hausse de température : les coraux peuvent expulser leurs micro-algues avec lesquelles ils vivent en symbiose, et mourir. Les mangroves sont menacées par l’élévation du niveau des mers et les écosystèmes d’eau douce en arrière mangrove ne peuvent remonter plus en amont à mesure que la salinité de l’eau progresse à l’intérieur des terres. L’augmentation du niveau de la mer pose problème également aux îles basses, en particulier les atolls de Polynésie française : leur faible altitude les rend plus vulnérables à la submersion. Enfin, l’augmentation de l’intensité et de la fréquence des tempêtes peut entraîner une érosion permanente des côtes.

Palétuvier de la Mangrove de Sainte-Luce en Martinique. © Daniel Joseph-Reinette - Terra
Palétuvier de la Mangrove de Sainte-Luce en Martinique. © Daniel Joseph-Reinette - Terra

 

Que dit le Plan biodiversité ?

Dévoilé le 4 juillet 2018, le Plan biodiversité vise à renforcer l’action de la France pour la préservation de la biodiversité et à mobiliser des leviers pour la restaurer lorsqu’elle est dégradée. L'un de ses objectifs est de renforcer l’utilisation des solutions fondées sur la nature, pour contribuer à notre adaptation aux changements climatiques et favoriser la résilience des territoires. 1 000 collectivités seront ainsi accompagnées d'ici à 2022 pour qu'elles deviennent des territoires engagées pour la nature. Des solutions fondées sur la nature innovantes seront déployées dans 20 territoires pilotes d'ici à 2025.

Pour en savoir plus sur le plan biodiversité

Que dit le PNACC 2 ?

Le renforcement de la résilience des écosystèmes est essentiel pour leur permettre de s’adapter au changement climatique et pour que l’on puisse s’appuyer sur les capacités des écosystèmes pour aider notre société à s’adapter au changement climatique, en veillant au « bon fonctionnement des écosystèmes » et en renforçant les synergies entre préservation des écosystèmes et usages humains.

Dans le cadre du Plan biodiversité, le MTES déploiera les solutions fondées sur la nature dans l’ensemble du territoire.

Il s’agira de protéger, de gérer de manière durable et de restaurer des écosystèmes naturels ou modifiés ou de s’appuyer sur des pratiques agro-écologiques pour relever directement les défis de société de manière efficace et adaptative, tout en assurant le bien être humain et en produisant des bénéfices pour la biodiversité.

La réduction des risques d’inondation et de submersion entre dans cette approche dans le cadre des Plans de Gestion du Risque Inondation, dont les Programmes d’Actions de Prévention des Inondations constituent un outil – et dont le 3 e appel à projets met l’accent sur les milieux naturels particulièrement concernés par la mise en œuvre de cette approche sur les mesures autres que les travaux de protection.

Le MTES renforcera les capacités de résilience des écosystèmes face au changement climatique, en particulier pour les plus vulnérables (écosystèmes humides, aquatiques, herbacés, montagnards, marins, littoraux, forestiers, sols), en s’appuyant notamment sur :

  • l’amélioration et la diffusion des connaissances ;
  • le soutien et la valorisation de projets de recherche sur les liens entre la biodiversité et le changement climatique ;
  • la préservation, la restauration et le renforcement des continuités écologiques, en s’appuyant sur la trame verte et bleue et les infrastructures agro-écologiques ;
  • les meilleures pratiques de gestion agricole, piscicole, aquacole et forestière ;
  • le développement d’un réseau cohérent, connecté et représentatif d’aires protégées mettant en place une gestion adaptative ;
  • l’identification et le développement d’outils contractuels, fonciers, réglementaires et  financiers permettant de rendre conciliable les activités avec la biodiversité dans le cadre de l’adaptation au changement climatique ;
  • l’intégration des enjeux de résilience des écosystèmes et de disponibilité en eau, présente et future, dans toutes les politiques publiques et schémas sectoriels des activités économiques pertinents.

Pour en savoir plus sur le Plan National d'Adaptation au Changement Climatique

Des exemples d’actions

 

Des ressources incontournables

Des informations en fonction de votre profil

Sélectionnez un profil pour retrouver des ressources ciblées sur le changement climatique et la biodiversité.

 

Élu Technicien de collectivité Acteur économique Bureau d'études Particulier